Les persécutions antisémites

La marginalisation des juifs

L’occupation de la moitié nord de la France suscite une vive inquiétude parmi les juifs de la région parisienne. Les exactions antisémites commises en Allemagne nazie sont connues et expliquent que certains israélites aient décidé de partir vers le sud de la France. Ceux qui sont restés en région parisienne ont l’espoir que l’Etat français saura les protéger. La désillusion est rapide.

Le régime de Vichy édicte ses propres lois antisémites dès octobre 1940, tandis que l’occupant allemand prend des mesures d’exclusion. En septembre 1940, les juifs de la région parisienne ont l’obligation de se faire recenser. La plupart font la démarche car ils ont encore confiance dans les autorités françaises. En octobre, l’Etat français, de sa propre initiative, adopte une « loi portant statut des juifs » définissant qui est juif et interdisant ou limitant considérablement pour les personnes concernées l’exercice de nombreuses professions (dans la fonction publique, les professions libérales, les professions artistiques et intellectuelles, etc.). Par étapes, les autorités allemandes ou françaises organisent la marginalisation des juifs de France. Après l’interdiction d’exercer certaines professions, vient l’interdiction de demeurer propriétaires d’entreprises : l’aryanisation conduit à la spoliation pure et simple des biens. Les juifs ne peuvent vivre comme les autres, puis avec les autres : ils ne peuvent plus posséder une automobile, une bicyclette ou un poste de radio ; ils ne peuvent plus fréquenter les restaurants, les cinémas, les piscines, les cabines téléphoniques publiques ; ils ne peuvent plus quitter leur logement entre 20 heures le soir et 6 heures le matin et ne peuvent faire leurs courses qu’entre 15 et 16 heures (quand le peu qu’il pouvait y avoir en rayon a disparu). En juin 1942, les juifs de zone occupée âgés de 6 ans au moins doivent porter une étoile jaune.

La traque des juifs

Les premières rafles à Paris ont lieu les 14 mai, 20 août et 12 décembre 1941, à l'instigation des Allemands. Les juifs arrêtés, pour l'essentiel des hommes, sont internés dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers (Loiret), Compiègne-Royallieu (Oise) et Drancy (Seine-Saint-Denis). La rafle la plus importante est celle des 16 et 17 juillet 1942, lors de laquelle la police française arrête plus de 13 000 hommes, femmes et enfants à Paris et en banlieue, identifiés grâce au fichier des juifs de zone nord constitué par les autorités françaises. Les hommes et femmes sans enfant sont internés à Drancy tandis que les familles sont parquées dans l'enceinte du vélodrome d'hiver (le Vel’ d’Hiv’), avant d'être transférées dans les camps de Beaune-la-Rolande et Pithiviers. Au mois d'août 1942, l'Etat français livre aux Allemands 11 000 juifs de zone sud.

Les déportations de juifs commencent dès le printemps 1942. Dans un premier temps, seuls les hommes sont déportés puis, dans un second temps, les femmes et les enfants le sont aussi (les parents et les enfants arrêtés lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’ sont déportés séparément, soit depuis les camps du Loiret, soit depuis Drancy après une nouveau transfert). En sept mois, 43 convois partent des gares proches du camp de Drancy emportant 42 000 déportés vers Auschwitz.

Les arrestations d’hommes, de femmes et d’enfants continuent tant que les Allemands le peuvent. En 1944, les orphelins dont les parents ont été déportés sont raflés à leur tour : les enfants et certains membres du personnel des orphelinats de La Varenne ou de Saint-Mandé sont transférés à Drancy et déportés à Auschwitz. Le dernier convoi de déportés juifs quitte la région parisienne le 15 août 1944.

Le sauvetage des juifs

Face à la traque dont sont victimes les juifs, les actes de solidarité se multiplient. Ce sont des policiers qui indignés par les ordres qu’ils reçoivent préviennent à l’avance les familles menacées, leur conseillant de ne pas être présentes à leur domicile tel jour. Ce sont des individus isolés qui ouvrent leur porte, prennent en charge les enfants quand les parents sont arrêtés ou accueillent une famille entière. Ce sont encore des filières de sauvetage qui se constituent afin de répondre plus efficacement à des situations qui demandent de l’organisation et des moyens importants. Ainsi, des milliers d’enfants juifs sont cachés et sauvés. De tels actes sont nombreux et souvent encore méconnus car leurs auteurs ont eu le sentiment de faire leur devoir et n’ont pas envisagé qu’on pouvait leur rendre hommage : la survie des personnes secourues était la seule récompense attendue.

Le bilan

Du printemps 1942 à l’été 1944, 78 convois partent de Drancy, emportant 69 000 juifs vers les camps d’extermination (Auschwitz, mais aussi Sobibor, Majdanek et Kaunas). Au total, 76 000 personnes sont déportées en tant que juifs, pour les trois quarts étrangers ou dénaturalisés sur décision de l’Etat français. 3% rentrent en 1945.

Près des trois quarts des juifs de France ont pu échapper à la déportation. Plusieurs Val-de-Marnais ont reçu la médaille des Justes parmi les Nations en remerciement de leur action en faveur des juifs persécutés.


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Les témoins
Bibliographie
  • Laurent Joly, L’État contre les juifs. Vichy, les nazis et la persécution antisémite (1940-1944), Paris, Grasset, 2018, 366 p. Édition revue et mise à jour, Paris, Flammarion/Champs histoire, 2020 (1re éd. 2018), 372 p.
  • Laurent Joly, Dénoncer les juifs sous l'Occupation. Paris, 1940-1944, Paris, CNRS Editions, coll. Seconde Guerre mondiale, 2017, 232 p.
  • André Kaspi, Les juifs pendant l’occupation, coll. Points, Le Seuil, 1991.
  • Serge Klarsfeld, La Shoah en France, Fayard, 4 volumes, 2001.
  • Jean Laloum, Les juifs dans la banlieue parisienne des années 20 aux années 50, CNRS, 1998.
  • Michael Robert Marrus, Robert Owen Paxton, Vichy et les juifs, Nouvelle édition, Poche, 2018, 1024 p.
  • Jean-Luc Pinol, Convois, La déportation des juifs en France, Editions Du Détour, Paris, 2019.
  • Renée Poznanski, Les juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale, Hachette, 1994.