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Quand les colonies s’exposent !

  • Des expositions universelles aux expositions coloniales

    Brochure
    Bon à lot de 25 francs. Exposition universelle de 1889.
    1889
    Brochure imprimée. 1889.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (1 J 872)

    Lors d’une entrée triomphale à Rouen en 1550, Henri II et son épouse Catherine de Médicis assistent à un spectacle reconstituant la vie quotidienne des Tupinamba du Brésil. Produits exotiques, animaux, paysages typiques et « cinquante naturels sauvages, fraîchement apportés du pays » par les marchands français installés sur place s’offrent à l’assistance émerveillée. La manifestation marque les esprits et suscite bien des commentaires. Ainsi, l’humaniste Montaigne, après avoir assisté en 1562 à une ambassade d’Indiens, s’interroge-t-il sur ces hôtes « ignorant combien coûtera un jour à leur repos et à leur bonheur la connaissance des corruptions de deçà, et que de ce commerce naîtra leur ruine ».

  • Des expositions universelles aux expositions coloniales

    Carte postale
    Concours d’aérostation à Vincennes. Exposition Universelle de 1900.
    1900
    Carte postale.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (2 Fi Vincennes )

    Trois siècles plus tard, en 1839, la France, qui dispose depuis 1798 d’une Exposition Industrielle Nationale, présente à cette occasion à Paris les « Isles des sucres ». Puis, viennent les premières expositions coloniales locales : Madras en 1852 et la Réunion l’année suivante. En 1859, la manifestation se veut inter-coloniale en réunissant à l’île Maurice des représentants des colonies de l’Océan Indien, de la Réunion et de Madagascar.

  • Des expositions universelles aux expositions coloniales

    Carte postale
    Case et types laotiens. Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne.
    1907
    Carte postale.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (2 Fi Nogent 351)

    Avec les expositions universelles, la mise en scène autour des colonies s’amplifie. Londres et Paris, toutes deux capitales d’empires, rivalisent d’initiatives. Du gigantesque éléphant de plâtre présenté à Londres en 1851 lors de la première Exposition Universelle aux quelques curiosités indigènes montrées à Paris en 1855, on passe dans la capitale française en 1878 au British Indian Pavillon qui attire tous les visiteurs. En 1889, c’est une cité exotique que propose Paris avec un pavillon abritant les exposants de quatorze colonies et protectorats. Attractions exotiques, reconstitutions de villages indigènes recueillent la faveur du public. En 1900, la section coloniale remporte un vif succès place du Trocadéro : aux éphémères constructions architecturales symbolisant les possessions françaises sont associées des fêtes, des spectacles et des congrès scientifiques.

  • Des expositions universelles aux expositions coloniales

    Carte postale
    Porte chinoise. Exposition coloniale de Nogent-sur-Marne.
    1907
    Carte postale.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (2 Fi Nogent 347)

    A partir du XXe siècle, les manifestations uniquement consacrées aux colonies se multiplient en France. En 1906, Marseille accueille une Exposition Coloniale que l’on retrouve l’année suivante à Nogent-sur-Marne. En 1922, la cité phocéenne se distingue de nouveau avec une Exposition Coloniale Nationale qui impressionne le journal L’Illustration :
    « les grandes allées se développent avec une majestueuse ordonnance ; chaque colonie présente, en un raccourci expressif, une image de ses ressources, de ses richesses et de ses trésors d’art. Au premier plan s’élèvent les tours du Palais d’Angkor, mais on reconnaît aussi la silhouette de toutes les autres constructions destinées à témoigner de la vitalité de l’Afrique ou de l’Asie française ».



    Les organisateurs cherchent le grandiose afin d’exalter la mission des pays colonisateurs à travers des pavillons conçus comme des objets publicitaires. Styles et traits architecturaux témoignent de l’enjeu économique ou stratégique des territoires qu’ils représentent. Le succès est au rendez-vous : en 1924, Londres qui dès 1886 avait organisé une Exposition Coloniale Nationale, vend vingt-sept millions de tickets pour son Exposition Coloniale Internationale à Wembley.

  • Les troupes coloniales durant la Première Guerre mondiale

    Dessin
    Mahut. Tirailleurs sénégalais (tenue d’hiver). La guerre documentée.
    1915
    Dessin.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (1 J 1037)

    Quand le général Mangin publie en 1910 La Force Noire et affirme que : « tous les Français comprendront que la France ne s’arrête pas à la Méditerranée, ni au Sahara ; qu’elle s’étend jusqu’au Congo ; qu’elle constitue un empire plus vaste que l’Europe et qui, dans, un demi siècle, aura 100 millions d’habitants, et que les peuples valent par le nombre et par l’élite beaucoup plus que par la moyenne », la IIIe République prône l’idée de la « Plus Grande France » et n’hésite pas à recruter massivement des troupes coloniales. L’Hexagone souffre d’une grave crise démographique. La population française stagne depuis le milieu du XIXe siècle. En 1914, l’Allemagne, grande rivale politique et militaire, compte presque deux fois plus d’habitants (70 millions) que la France (40 millions).

  • Les troupes coloniales durant la Première Guerre mondiale

    Dessin
    Mahut. Tirailleurs marocains. La guerre documentée.
    1915
    Dessin
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (1 J 1037)

    De 1910 à 1918, les autorités militaires font appel à 200 000 soldats d’Afrique Noire en 92 bataillons, à 300 000 Maghrébins (83 bataillons de tirailleurs algéro-tunisiens et 12 bataillons marocains), à 41 000 Malgaches (10 bataillons) et à 49 000 Indochinois (17 bataillons) auxquels s’ajoutent un bataillon de Somalis et un bataillon du Pacifique. À l’issue du conflit, les troupes coloniales payent un lourd tribut à cette mobilisation. 26 000 Algériens, 29 000 Sénégalais ainsi que 5 500 Malgaches et Indochinois périssent sur les champs de bataille métropolitains sans compter les 60 000 blessés et mutilés qui rentreront dans leur pays en touchant une pension deux fois moins élevée que les poilus.

  • Les institutions patrimoniales dans le Val de Marne

    Affiche
    Robert de Coninck. Exposition des alliés.
    1918
    Affiche, Imprimerie H. Chachoin, Paris.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (29 Fi 1323)

    L’écrivain africain Amadou Hampâté Bâ témoigne dans ses Mémoires : « L’un des effets majeurs, quoique peu connu, de la guerre de 1914 a été de provoquer la première grande rupture dans la transmission orale des connaissances traditionnelles, non seulement au sein des sociétés initiatiques, mais aussi dans les confréries de métiers et les corporations artisanales, dont les ateliers étaient jadis de véritables centres d’enseignement traditionnel. L’hémorragie de jeunes gens envoyés au front – d’où beaucoup ne devaient pas revenir –, le recrutement intensif pour les travaux forcés liés à l’effort de guerre et les vagues d’exode vers la Gold Coast privèrent les vieux maîtres de la relève nécessaire ».

  • Les troupes coloniales durant la Première Guerre mondiale

    Affiche
    V. Prouvé. Ce que nous devons à nos colonies. La guerre documentée, numéro spécial « La guerre et les artistes »
    1918
    Affiche reprise dans un périodique.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (1 J 1037)

    La présence de soldats coloniaux en France contribue à modifier sensiblement l’image de l’Empire. Durant le conflit, les journaux parlent peu de la contribution de l’Outre-Mer. Mais, après 1918, la propagande officielle – face à une presse allemande menant campagne contre les troupes de couleur – exalte le patriotisme et les valeurs guerrières des combattants d’Outre-Mer. Dans l’immédiat après-guerre, le gouvernement met en valeur de manière ostentatoire le rôle des troupes coloniales et associe ces dernières aux diverses commémorations. Dans l’imagerie populaire, la vision reste paternaliste et souvent dévalorisante tout en gagnant en familiarité et en sympathie rompant ainsi avec l’idée de l’anthropophage.

    Au final, l’opinion métropolitaine a pris conscience de l’existence d’un vaste domaine impérial et participe plus volontiers à une idéologie coloniale qui trouve son apothéose avec l’Exposition Coloniale Internationale de 1931.

  • Des objets aux images : construction d’une mythologie impériale

    Publicité Banania.
    Publicité Banania.
    Années 1930
    Collection particulière

    Dans les années 1910-1930, les horizons lointains imprègnent de plus en plus la vie quotidienne des Français et deviennent des arguments publicitaires puissants. À côté de la propagande officielle et dans la même lignée, des groupements financiers participent à l’élaboration d’une idéologie coloniale en éditant des affiches à la fois économiques et patriotiques.
    L’industrie et le commerce ne restent pas à l’écart du mouvement. D’un côté, dans le but de valoriser la production des colonies, ils utilisent l’image du Noir souriant afin de vanter un produit associé au plaisir gustatif. De l’autre, pour des produits n’ayant rien à voir avec les colonies, ils se servent de l’image du Noir Africain pour véhiculer des stéréotypes racistes : « l’indigène » valorise la noirceur d’un cirage ou la blancheur d’une savon à barbe. Ils vendent également du rêve à la portée de tous avec des cigarettes turques ou égyptiennes, avec des savons des « princes du Congo », des gâteaux chinois ou bien encore une bière créée en 1837 (date de la prise de Constantine). Ils invitent au voyage ou font venir l’exotisme au cœur de Paris : les grands magasins proposent des catalogues à l’imagerie coloniale tandis que des boutiques spécialisées en produits exotiques voient le jour.

  • Des objets aux images : construction d’une mythologie impériale

    Carton publicitaire
    Carton publicitaire « Krieger » (maison d’ameublement).
    1931
    Collection particulière

    Quant au monde du music-hall, il se lance dans la musique orientale et se distingue, dès 1925, avec la Revue nègre et les spectacles de Joséphine Baker. Cette dernière, qui chante en 1931: « j’ai deux amours mon pays et Paris. Paris toujours, c’est mon rêve joli. Ma savane est belle ; mais à quoi bon le nier, celle qui m’ensorcelle c’est Paris, Paris tout entier », incarne la beauté noire exubérante dont la silhouette sensuelle sert aux chemins de fer français se proposant de transporter le public vers l’Exposition Coloniale Internationale de Paris.

  • Des objets aux images : construction d’une mythologie impériale

    Catalogue jouets étrennes de La Samaritaine.
    Catalogue jouets étrennes de La Samaritaine.
    1932
    Collection particulière

    La propagande coloniale touche aussi le monde des enfants. L’idée de « la plus grande France » s’affiche en classe sur les cartes ainsi que sur les plumiers, les buvards et les protège-cahiers. Elle se décline également dans la bande dessinée et n’hésite pas à véhiculer des images terribles faisant de l’Afrique un continent barbare voué à la sauvagerie sans la présence du blanc. Enfin, elle apparaît dans les jouets qui peuvent aussi bien refléter le plus grand mépris qu’exalter les valeurs guerrières des troupes coloniales.

  • Des objets aux images : construction d’une mythologie impériale

    Protège-cahier avec publicité
    Protège-cahier avec publicité « la pâte pour fourneaux noirs Negrita ».
    Années 1930
    Collection particulière

    Images et objets de la vie quotidienne s’inscrivent dans la construction d’une mythologie impériale. Ils s’inspirent d’un discours mêlant l’exotisme à l’aventure tout en colportant des préjugés courants sur les « indigènes ».

  • Les préparatifs d’une Exposition Coloniale Internationale : du contexte national à l’histoire locale

    Journal officiel
    Journal officiel
    1927
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (1 J 124)

    Après la réussite de l’Exposition Coloniale de Marseille en 1906, Paris veut aussi sa manifestation à la gloire de l’Empire. Le Conseil municipal de la capitale en émet le souhait en 1913 mais la cité phocéenne qui assure les deux tiers du trafic entre la métropole et les colonies ne l’entend pas ainsi. Finalement, on trouve un compromis qui accorde à Marseille l’initiative nationale et à Paris l’aspect international. La Première Guerre mondiale retarde le projet, repris dès la fin des hostilités et accueilli favorablement par les pouvoirs publics.

    Durant le conflit, l’Empire a montré son rôle économique, stratégique et humain. L’heure est à l’exaltation du fait colonial. Rien de mieux donc qu’une exposition confiée à un homme de terrain, le gouverneur général de l’Afrique Équatoriale Française, François Angoulvent. Après plusieurs reports et de nombreux textes législatifs, l’ultime loi du 22 juillet 1927 fixe les règles de l’initiative gérée comme un établissement public. Le maréchal Lyautey remplace Angoulvent et le nouveau commissaire général fait en sorte que l’Exposition se tienne en 1931 et non en 1929 afin d’éviter les interférences avec les cérémonies prévues en 1930 pour le centenaire de l’Algérie et ne pas heurter la Belgique qui prépare aussi pour 1930 deux expositions internationales.

  • Les préparatifs d’une Exposition Coloniale Internationale : du contexte national à l’histoire locale

    Cahier du centenaire de l’Algérie
    Cahier du centenaire de l’Algérie
    1930
    Collection particulière

    Durant le conflit, l’Empire a montré son rôle économique, stratégique et humain. L’heure est à l’exaltation du fait colonial. Rien de mieux donc qu’une exposition confiée à un homme de terrain, le gouverneur général de l’Afrique Équatoriale Française, François Angoulvent. Après plusieurs reports et de nombreux textes législatifs, l’ultime loi du 22 juillet 1927 fixe les règles de l’initiative gérée comme un établissement public. Le maréchal Lyautey remplace Angoulvent et le nouveau commissaire général fait en sorte que l’Exposition se tienne en 1931 et non en 1929 afin d’éviter les interférences avec les cérémonies prévues en 1930 pour le centenaire de l’Algérie et ne pas heurter la Belgique qui prépare aussi pour 1930 deux expositions internationales.

    Dès 1918, la Ligue de l’Est lance des démarches pour que l’Exposition Coloniale se déroule au bois de Vincennes. Monsieur Brisson, son président, également conseiller général de la Seine défend le projet et obtient gain de cause en 1924. Il reste juste à régler le contentieux au sujet d’arbres du bois que les défenseurs locaux du projet tiennent à préserver.

  • Les préparatifs d’une Exposition Coloniale Internationale : du contexte national à l’histoire locale

    Couverture d'un périodique
    Confréries et lectures populaires, n°32
    Décembre 1930
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (B 1875)

    La presse ne manque pas de tenir informée la population de l’événement. Des communes val-de-marnaises par l’intermédiaire de leurs maires, leurs conseillers municipaux, leurs conseillers généraux et leurs commerçants se mobilisent. Monsieur Cuvillier, maire du XIIe arrondissement de Paris explique à ceux qui estiment qu’une telle manifestation ne peut pas réussir dans l’Est « qu’ils ont grandement tort, parce que nulle région n’est mieux pourvue de tramways, d’autobus, de lignes de transport de toute sorte » et ajoute « « que ce serait rendre justice à cette région de l’Est trop souvent sacrifiée Le général Lyautey aussi s’enthousiasme déclarant en 1928 : « nous allons nous planter au milieu de quartiers déshérités, où vit une population qui n’est guère accoutumée à voir le flot venir à elle. Comme cela est intéressant ! L’Est de Paris, n’est-ce-pas une région dont on dit qu’elle est assez gagnée au communisme ? Il est intéressant d’aller planter nos pousses coloniales au milieu de ce monde populaire ». De son côté, La ligue des intérêts de l’Est s’attend à des retombées économiques. Il faut faire connaître la région et l’on sollicite des entreprises pour qu’elles soient présentes à l’Exposition.

  • Les préparatifs d’une Exposition Coloniale Internationale : du contexte national à l’histoire locale

    Lettre
    Direction de Pathé Cinéma. Accusé de réception adressé au maire de Joinville-le-Pont.
    9 août 1930
    Lettre
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (E dépôt Joinville, 1 I 10)

    Lyautey voit dans l’Exposition de 1931 1931 « une grande leçon de choses qui permettra à nos compatriotes de se faire une idée exacte de tout ce que la France a réalisé dans les pays qu’elle a associés à ses destinées et des ressources qu’elle a trouvées dans ces pays ». Affiches distribuées aux communes et conférences préparent le terrain alors que la presse locale soutient l’initiative en rendant régulièrement compte de l’avancée de cet immense chantier que ne manque pas de visiter le Président Doumergue.

  • Portrait du maréchal Lyautey : quand l’État français confie le commissariat général d’une exposition coloniale à un

    Ouvrage
    Portrait du maréchal Lyautey paru dans le Livre d’or de l’Exposition.
    1931
    Ouvrage
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (C 70)

    Né en 1854 dans un milieu d’aristocratie et de grande bourgeoisie lorraine, Louis Hubert Gonzalve Lyautey poursuit la tradition familiale en entrant à Saint-Cyr en 1873. Imprégné d’idées monarchistes, il acquiert un sens de la justice sociale en fréquentant l’organisateur des Cercles catholiques ouvriers Albert de Mun. Durant l’hiver 1878, le jeune officier de cavalerie part en mission en Algérie. Il en revient fasciné. Admiratif des mosquées et de « l’Arabe priant », il « respecte de plus en plus ces gens-là […], si fiers et dignes dans leur foi ». De nouveau en Algérie de 1880 à 1882, le lieutenant au 2e hussards qui s’habille le soir en arabe, approfondit sa réflexion politique et administrative sur les colonies.

  • Portrait du maréchal Lyautey : quand l’État français confie le commissariat général d’une exposition coloniale à un

    Ouvrage
    Préface du Livre d’or de l’Exposition par le maréchal Lyautey.
    1931
    Ouvrage
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (C 70)

    De retour en France, il connaît la vie de garnison tout en fréquentant les salons littéraires parisiens. En 1891, il publie dans la Revue des deux mondes un article intitulé « Du rôle social de l’officier dans le service militaire » faisant du militaire un constructeur et un civilisateur doté d’une bonne culture générale et d’une formation morale. Pour faire face au scandale de la parution, le général de Boisdeffre nomme Lyautey à l’état-major des troupes du Tonkin. Il s’embarque en 1894 et devient l’adjoint du colonel Gallieni qui l’initie à ses méthodes de colonisation : la conquête doit être suivie d’une pacification et d’une construction politique, administrative et économique. En 1897, il pacifie le nord-ouest puis le sud de l’île. Promu général, il part en Algérie en 1903 pour commander le territoire d’Aïn-Sefra puis la division d’Oran. En 1907, il pacifie les confins algéro-marocains.
    En 1912, il est envoyé au Maroc en tant que résident général. Mise à part une courte participation au cabinet Briand de décembre 1916 à mars 1917 comme ministre de la guerre, il y reste jusqu’en 1925 ; date à laquelle il démissionne de son poste estimant ne pas avoir reçu le soutien nécessaire du gouvernement dans l’affaire du Rif.

  • Portrait du maréchal Lyautey : quand l’État français confie le commissariat général d’une exposition coloniale à un

    Portrait
    Photographie du Maréchal Lyautey.
    5 mai 1931
    Bulletin municipal officiel de la ville de Vincennes, n° 123.
    Archives départementales du Val-de-Marne (36 Per 1931)
    (36 Per 1931)

    Le maréchal Lyautey, homme d’action et de lettres, élu à l’Académie française en 1912, s’installe alors en Lorraine. En acceptant de devenir en 1929 haut-commissaire de l’Exposition coloniale de Vincennes -sa dernière fonction officielle-, il entend faire de cette initiative « une grande leçon […]. Il faudra qu’on y trouve, avec les tableaux historiques, avec les leçons du passé, l’enseignement du présent et surtout les enseignements pour demain. Il faudra qu’on sorte de l’Exposition résolu à faire toujours mieux, toujours plus grand, plus large et plus souple».

  • Portrait du maréchal Lyautey : quand l’État français confie le commissariat général d’une exposition coloniale à un

    Le Journal de l’exposition coloniale.
    Le Journal de l’exposition coloniale.
    Mai 1931
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (Br 1621)

    Pendant plus de vingt ans, ce « bâtisseur d’empire » construit sa légende. Surnommé « Lyautey l’africain » ou le « proconsul du Maroc », il s’attache à pacifier le Maroc et à restaurer l’autorité institutionnelle du sultan tout en réformant dans le domaine politique, militaire, administratif et économique. Voulant ouvrir le Maroc au monde extérieur mais aussi à l’initiative privée, il développe les voies de communication, les villes et les ports, l’industrie, la prospection minière, l’agriculture ainsi que la médecine et l’enseignement.
    Peu de jours avant de mourir, il déjeune à Ormesson et tient à visiter encore une fois le château de Vincennes. Le 27 juillet 1934, il s’éteint en avouant selon son officier d’ordonnance : « Au fond, j’ai raté ma vie… Le Maroc n’était qu’une province de mon rêve ».

  • 1931 à Vincennes ou l’apothéose officielle de l’idée coloniale en France

    Carton d’invitation
    Présidence de la République française. Inauguration de l’Exposition Coloniale Internationale.
    6 mai 1931
    Carton d’invitation
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (B 1875)

    Le 6 mai 1931, le Président de la République, Gaston Doumergue, inaugure l’Exposition Coloniale Internationale en compagnie du ministre des colonies, Paul Reynaud, et du commissaire général de la manifestation, l’emblématique maréchal Lyautey.
    Après avoir passé en revue les troupes coloniales, le cortège officiel, escorté par un escadron de spahis, visite en voiture l’Exposition ; les véhicules ralentissent devant les principaux pavillons où des troupes indigènes présentent les armes. Le cortège s’arrête quelques instants devant la spectaculaire reconstitution du temple d’Angkor Vat puis poursuit son périple à travers la section internationale avant de rejoindre le Musée permanent des colonies où doit se dérouler la cérémonie d’inauguration. Après le discours du maréchal Lyautey, le Président se lève et déclare officiellement ouverte l’Exposition Coloniale Internationale de Paris.

  • 1931 à Vincennes ou l’apothéose officielle de l’idée coloniale en France

    Affiche
    André Desmeures. Le tour du monde en un jour.
    1931
    Affiche
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (29 Fi 275)

    Jusqu’en novembre 1931, près de huit millions de personnes, dont quatre millions de Parisiens et de banlieusards, trois millions de provinciaux et un million d’étrangers, parcourent cette cité de l’éphémère. Pour ce faire, il leur suffit de s’acquitter d’un ticket d’entrée de trois francs ou bien d’acheter un bon à lot leur offrant des tarifs réduits pour se rendre à Vincennes. Le slogan de l’affiche de Desmeures proposant « le tour du monde en un jour » fonctionne. Sur 110 hectares, le visiteur parcourt l’ensemble des colonies françaises tout en ayant un aperçu des possessions des autres puissances et une vision des enjeux économiques.

  • 1931 à Vincennes ou l’apothéose officielle de l’idée coloniale en France

    Plan publicitaire
    Biscuits Brun. Plan de l’Exposition Coloniale Internationale de Paris.
    1931
    Plan
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (2 J 256)

    1931 marque l’apothéose coloniale en France. Chacun s’accorde, à quelques exceptions près, à célébrer la grandeur de l’expansion d’outre-mer. La presse ne manque pas de manifester son enthousiasme. Les organisateurs créent même pour l’occasion Le Journal de l’Exposition. Quant aux quotidiens et aux hebdomadaires, ils accrochent leurs lecteurs avec un « feuilleton de Vincennes ». L’Illustration, magazine hebdomadaire publié de 1843 à 1944, alors en pleine apogée auprès de la bourgeoisie française, consacre plusieurs de ses couvertures à la manifestation.

  • 1931 à Vincennes ou l’apothéose officielle de l’idée coloniale en France

    Ticket d’entrée de l’Exposition Coloniale de Vincennes.
    Ticket d’entrée de l’Exposition Coloniale de Vincennes.
    1931
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (1J 1444)

    André Demaison, dans le Guide officiel, rappelle aux visiteurs : « vous êtes ici en dehors de la curiosité, parce que vous avez senti qu’aujourd’hui cette grande collectivité humaine qu’est la France a des horizons plus larges que ceux que vous avez été accoutumés à voir sur une carte de l’Europe ». L’ambition est politique. Il s’agit de faire connaître et de faire aimer aux Français leur Empire. On se sert donc du grandiose et de l’exotisme pour plonger le visiteur dans l’univers colonial et le déconnecter de la réalité extérieure. Des architectures mauresques, africaines, malgaches ou indiennes aux restaurants des cinq continents en passant par les embarcations « indigènes » sur le lac Daumesnil, le public ne manque pas d’attractions à Vincennes. Chaque soir, les organisateurs, sur fond de fêtes lumineuses et de jets d’eau, conçoivent des spectacles dont les fameuses nuits coloniales. Dans les avenues, des milliers d’« indigènes » sont donnés en spectacle animant le décor en tant que soldat, chanteur, musicien, danseur, serveur de restaurant, commerçant-artisan des villages « indigènes » ou des souks ou bien encore en tant qu’« indigène » par nature.

    La propagande coloniale fonctionne pleinement. La IIIe République a réussi à faire de cet événement un succès populaire sans précédent en attribuant aux colonies ainsi exposées valeur de mythe.

  • Le pavillon de l’Algérie ou le fleuron de la colonisation française

    Ouvrage
    André Demaison. « Algérie » Chapitre paru dans 1931. Guide officiel. Exposition Coloniale Internationale.
    1931
    Ouvrage. Paris
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (A 3258)

    Située au bout de la Grand Avenue des Colonies Françaises et précédant la section internationale des pavillons d’Europe et des États-Unis, l’Afrique du Nord tient une place à part dans l’Exposition, entre l’Empire et le reste du monde.

    Dans ce contexte, l’Algérie, déjà solennellement fêtée en 1930 au cours d’un centenaire célébrant la conquête d’Alger, est perçue comme « le prolongement de la France méditerranéenne ». Vantée comme « « chef-d’œuvre colonial » de l’Hexagone ou bien encore comme « une large coulée de France en Afrique du Nord », elle propose au visiteur « un pavillon monumental contenant en un groupement artistique et rationnel tout ce qui faite la beauté, la grandeur et la prospérité de cette colonie ».

  • Le pavillon de l’Algérie ou le fleuron de la colonisation française

    Carte postale
    Exposition coloniale internationale Paris 1931. Algérie-Minaret
    1931
    Carte postale
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (2 Fi Vincennes 819)

    Il s’agit de mettre en valeur les richesses économiques que procure cette colonie de peuplement composée, depuis 1881, de trois départements. Aussi trouve-t-on, sous la grande coupole, une salle à la gloire de l’agriculture suivie d’un hall des produits agricoles avec carte et diorama. Le pavillon dispose également de salles sur la viticulture, l’élevage, le tabac, les mines et les forêts. Puis, on met en scène l’archéologie et les arts musulmans avec notamment la salle des tapis et des bijoux.

    L’Algérie de Vincennes offre ainsi l’image idyllique d’un Eldorado moderne, suffisamment pacifié pour apparaître proche et familier tout en gardant des traditions et des territoires exotiques pouvant répondre à un désir d’autre et d’ailleurs. Consolidée par la présence d’une salle de la presse et des livres et par l’existence toute proche d’un pavillon du tourisme nord-africain, elle invite au voyage.

  • Le pavillon de l’Algérie ou le fleuron de la colonisation française

    Maquette
    Maquette du pavillon de l’Algérie offerte par la « Belle Jardinière ».
    1931
    Publicité
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (2 J 173)

    Le récit d’un voyage scolaire organisé par la ville de Vincennes à l’occasion de l’Exposition témoigne de cet état d’esprit encouragé par la propagande officielle. Jouant sur le dépaysement et l’exotisme, le regard porté sur la population, les paysages, les édifices et les activités, reflète une vision à la fois bienveillante et empreinte de stéréotypes tendant à marginaliser la population algérienne locale. Il résulte d’une culture et d’une compétence construite par l’école de la IIIe République. Cette dernière met en effet à l’honneur dans ses programmes l’histoire et la géographie coloniales. Elle exalte l’épopée de la conquête en mettant en image l’expédition d’Alger ou en confrontant Bugeaud et Abd El Kader. elle assigne à la colonisation une « mission civilisatrice » avec une métropole qui apporte le progrès à des populations dont l’image reste largement dépréciative.

  • Le pavillon de l’Algérie ou le fleuron de la colonisation française

    Carte
    Le livre d’or de l’Exposition Coloniale Internationale de Paris en 1931, « Algérie politique, touristique et économique »
    1931
    Carte issue d’un ouvrage, Paris.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (CC 7)

    Au final, les manuels scolaires offrent une vision mythique de l’univers colonial laissant peu de place à la compréhension des évolutions en cours dans les colonies et notamment en Algérie. La destructuration de la société rurale, la misère, l’émigration vers la métropole, font naître, parmi les Algériens, des aspirations nationales. C’est en effet durant les années 1930 que les premiers soubresauts revendicatifs se font entendre.

  • La contre-exposition des surréalistes ou la remise en cause du colonialisme

    Affiche
    Anonyme. La vérité sur les colonies.
    1931
    Affiche
    Archives du Parti Communiste Français
    (Bob. 505)

    En 1929, Georges Hardy, ancien directeur de l’Enseignement au Maroc, publie un ouvrage intitulé Nos grands problèmes coloniaux dans lequel il explique qu’«un peu partout de grands mouvements qui agitent le monde menacent de faire vibrer les populations coloniales ».

    Observateur lucide, il a conscience de la montée des revendications des mouvements nationalistes africains et asiatiques ainsi que de l’action de l’Internationale communiste. Cette dernière sait mener de violentes campagnes « anti-impérialistes ». Ainsi, lors de la révolte rifaine d’Abd el-Krim entre 1925 et 1926, les communistes français organisent des grèves, des manifestations et des meetings pour « l’évacuation du Maroc et de toutes les colonies ». En 1927, Albert Einstein fonde à Bruxelles la Ligue contre l’oppression coloniale et l’impérialisme rassemblant des intellectuels, des associations et des syndicats. Tandis que l’Indochine connaît ses premiers soulèvements et que Vincennes s’apprête à recevoir l’Exposition, la volonté d’organiser une contre-exposition se dessine parmi les opposants dont le syndicaliste Louis Paul qui n’hésite pas à rédiger un « « petit reportage anti-colonialiste sur la foire coloniale de Vincennes

  • La contre-exposition des surréalistes ou la remise en cause du colonialisme

    Tract
    Collectif de douze surréalistes. Ne visitez pas l’Exposition Coloniale.
    30 avril 1931
    Tract
    Archives du Parti Communiste Français
    (Bob. 461)

    Les surréalistes ne restent pas à l’écart du mouvement. Dans leur revue le le Surréalisme au service de la Révolution, qui paraît à partir de juillet 1930, ils prennent position contre le colonialisme. À quelques jours de l’ouverture de Vincennes, ils publient un premier tract titrant « Ne visitez pas l’Exposition Coloniale ». Il s’agit, pour les douze signataires, d’alerter l’opinion publique sur cette manifestation. Ils n’admettent pas la propagande officielle vantant les plaisirs et les bénéfices de la vie aux colonies et dénoncent ce « Luna-Park » où s’agitent des figurants de couleur.

    Lorsque, le 27 juin, un incendie ravage le pavillon des Indes néerlandaises, les surréalistes réagissent par un second tract, Premier bilan de l’Exposition Coloniale. Passionnés d’objets d’art primitifs, ils en déplorent la destruction et voient dans cet accident un « « acte manqué » du capitalisme : « ainsi se complète l’œuvre colonisatrice commencée par le massacre, continué par les conversions, le travail forcé et les maladies ». Très vite, un troisième tract suit ; mais, pour Louis Aragon, Paul Eluard et les autres, la dénonciation politique ne suffit pas.

  • La contre-exposition des surréalistes ou la remise en cause du colonialisme

    Tract
    Collectif de douze surréalistes. Ne visitez pas l’Exposition Coloniale.
    30 avril 1931
    Tract
    Archives du Parti Communiste Français
    (Bob. 461)

    Le 19 septembre, une contre-exposition ouvre ses portes au public. Louis Aragon se souvient : « « j’avais réussi à m’entendre avec la CGTU pour organiser une Exposition Anticoloniale dans un bâtiment qui se trouvait sur un terrain appartenant à cette organisation, au bas de ce qui avait été la rue Priestley, là où se trouve actuellement le siège du Comité central du P.C, place Fabien».

    L’exposition comprend trois sections. La première offre une rétrospective de la colonisation. On y montre les crimes des conquêtes coloniales. On y parle des troupes coloniales mortes durant la guerre de 1914. On se sert des témoignages d’Albert Londres et d’André Gide sur le travail forcé. On évoque la crise économique mondiale et les colonies. Enfin, on présente les mouvements nationalistes s’apposant au colonialisme. La seconde salle est entièrement consacrée à l’URSS. il s’agit, selon les organisateurs, « d’opposer au colonialisme impérialiste l’exemple de la politique des nationalités appliquées par les Soviets». La visite se termine par une présentation des problèmes culturels soulevés par le colonialisme. On y expose des objets issus de l’art nègre, océanien et peau-rouge tout en s’attaquant aux missions religieuses et en adoptant des positions anticléricales.

  • La contre-exposition des surréalistes ou la remise en cause du colonialisme

    Ouvrage
    Louis Aragon. Persécuté persécuteur.
    1931
    Éditions surréalistes
    Collection de la Bibliothèque Nationale de France
    (microfiche M-18032)

    La Vérité sur les Colonies ne désemplit pas selon l’auteur de Persécuté persécuteur. En fait, restée ouverte jusqu’en 1932, la contre-exposition n’atteint pas le succès escompté par ses organisateurs mais marque avec force la réalité d’une opposition au colonialisme qui vit alors son apogée mais aussi ses premières grandes remises en cause. « Il pleut sur l’Exposition coloniale » comme le décline poétiquement Louis Aragon dans Mars à Vincennes.