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Le cheval de service : une omniprésence de la Révolution française à la Première guerre mondiale

Gravure
A. Raffin. Le labourage.
Vers 1920
Gravure. 9,5 x 14,5 cm.
Collection particulière

En 1789, la France compte 2 millions de chevaux. Elle atteint les 3 millions vers 1840 et maintient ce cheptel jusqu’en 1935, date à laquelle la décrue s’amorce. Le cheval apparaît en tous lieux et en toutes circonstances.

À la campagne, muni de son collier d’épaules rigide et rembourré, diffusé en Europe depuis le Xe siècle, le cheval de trait sert au transport des fourrages et autres denrées agricoles. Il participe aux labours détrônant le bœuf dans cette fonction à partir des années 1850. Il offre sa force aux premières moissonneuses-lieuses et batteuses mécanisées avant de laisser définitivement sa place au tracteur à partir des années 1950.

À la ville, la traction hippomobile connaît un véritable âge d’or malgré les accidents assez fréquents. L’essor économique et la croissance urbaine entraînent une augmentation de la circulation des personnes et des biens qui bénéficie au développement des services de transports, à la demande même parfois de la population. Alors qu’on réglemente les véhicules, les postes et leurs relais à chevaux s’intensifient et se codifient. Outre les multiples attelages privés, des lignes régulières partant à heures fixes et empruntant des itinéraires invariables se multiplient. En 1900, la capitale compte 100 000 chevaux dont près de 15 000 pour la seule Compagnie des omnibus qui sillonne aussi le Val-de-Marne. Maupassant offre une vision peu flatteuse de ces passagers :

« Tous les autres voyageurs, alignés et muets, […] avaient l’air d’une collection de caricatures, d’un musée des grotesques, d’une série de charges de la face humaine, semblables à ces rangées de pantins comiques qu’on abat, dans les foires, avec des balles. Les cahots de la voiture ballottaient un peu leurs têtes, les secouaient, faisaient trembler la peau flasque de leurs joues ; et la trépidation des roues les abrutissant, ils avaient l’air idiot et endormis ».