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La montée en puissance de l’anticléricalisme : entre Franc-maçonnerie et Libre Pensée

Haut relief
En choisissant de représenter François-Vincent Raspail dans une couronne de chêne entouré de diables aux oreilles de bouc, à la queue de serpent et tirant, pour certains, la langue, le sculpteur situe bien le personnage entre science glorifiée et Libre Pensée anticléricale. Né à Carpentras en 1794 dans un milieu catholique, François-Vincent Raspail entre au séminaire d’Avignon très jeune. En 1816, il rejoint la capitale pour suivre des études de droit puis de médecine. Fondateur de la cytochimie, médecin des pauvres au prestige et à la popularité importante, cet homme de Midi rompt avec la tradition familiale en adhérant à la Libre Pensée et à la Franc-Maçonnerie. Sous la Restauration, il publie Les Missionnaires en opposition avec les bonnes mœurs qui fait scandale. En 1830, il participe aux Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de juillet, il poursuit le combat dans des sociétés secrètes. Condamné et emprisonné, il décide à sa sortie de prison de fonder son propre journal, Le Réformateur. Lors de l’insurrection parisienne de février 1848, il proclame la République à l’Hôtel de Ville et crée un nouveau périodique L’Ami du peuple qui paraît jusqu’au 14 mai. Prenant part aux émeutes du 15 mai, il est de nouveau arrêté et mis en détention. Les socialistes en font leur candidat à la présidence de la République mais n’obtiennent que 40000 voix. Condamné à 6 ans de prison, il arrive à obtenir la commutation de sa peine en bannissement. De retour en France en 1863, il ne se satisfait pas des premiers gouvernements de la IIIe République. Élu député de Marseille, il garde jusqu’à la fin de sa vie ses convictions et son militantisme.
H. Beaumont. François-Vincent Raspail. Damnatus ad bestias.
1874-1875.
Haut-relief en bois. 58 x 64 cm.
Archives départementales du Val-de-Marne
(69 J 1530)

Dans Les sœurs Rondoli, Guy de Maupassant donne la parole à un franc-maçon déclarant :

« Nous élevons religion contre religion. Nous faisons de la libre pensée l’arme qui tuera le cléricalisme. La Franc-maçonnerie est la citadelle où sont enrôlés tous les démolisseurs de divinités ».

Au delà de l’exagération littéraire, le témoignage reflète bien le climat des années 1880 et les liens qui existent entre Franc-Maçonnerie et Libre Pensée dans une volonté commune de laïciser l’État et la société française. Bibliothèque, correspondance, photographies et représentation sculptée de François-Vincent Raspail et de son fils Benjamin -arcueillais d’adoption - l’attestent.