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L’identification de la question laïque : de la Déclaration des droits de l’homme au Concordat

Couverture d'un hebdomdaire
Périodique populaire publié de 1790 à 1794, le Père Duchesne remporte un vif succès dans les milieux « sans-culottes » mais aussi dans la bourgeoisie et l’aristocratie. Ses huit pages coûtent deux sous et portent en tête « Je suis le véritable Père Duchesne, foutre ! »». En vignette, l’auteur fait figurer son personnage fumant la pipe et tenant d’une main un tuyau de poêle. À partir de 1791, il brandit une hache sur la tête d’un prêtre agenouillé. Ce dernier représente vraisemblablement l’abbé Maury que Jacques-René Hébert attaque, dans un langage vulgaire et grossier, dès le printemps 1790. Ce prélat, élu député du clergé aux États généraux de 1789, s’oppose à la Constitution civile du clergé et réclame que l’autorité du pape soit reconnue en Avignon. Les prêtres refusant de prêter serment deviennent « réfractaires » et se coupent du clergé constitutionnel, des « assermentés » ou « jureurs constitutionnels ». De novembre 1791 à mai 1792, ils encourent des peines d’éloignement, de détention puis d’expulsion du territoire.
Jacques-René Hébert (1757-1794). Le Père Duchesne.
Numéro 8. Février 1791.
Hebdomadaire. Réédition avec introduction d’Albert Soboul, Tome II. Numéros 1-40. Edhis, Paris, 1969. In-12.
Archives départementales du Val-de-Marne
(AA 2379/2)

Adoptée dans l’enthousiasme le 26 août 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen estime que :

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi ».

Quelques mois plus tard, l’Assemblée constituante s’attache à mettre cet article en œuvre. Entre décembre 1789 et janvier 1790, elle émancipe les protestants et les juifs d’origines portugaise, espagnole et avignonnaise puis, en septembre 1791, les juifs d’Alsace et de Lorraine. Il s’agit d’affranchir les protestants et les juifs des régimes d’exception auxquels ils étaient jusqu’alors soumis en leur accordant l’égalité des droits civiques et la liberté de culte. Quant à l’Église catholique, ayant perdu ses privilèges lors de la nuit du 4 août 1789, elle assiste à la nationalisation de ses biens le 9 novembre et à la suppression de son clergé régulier le 13 février 1790.