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Contes de châteaux perdus

  • Chapitre premier : histoires de propriétaires

    Gravure
    Saint-Louis rendant la justice sous un arbre
    XIXe siècle
    Gravure. 24 x 16 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (6 FI A 398)

    « La vie de château aux environs de Paris ne peut donner une idée de la vie de château dans une province reculée ».

    François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, I, II, 2.

    Notre récit commence à l’époque mérovingienne. Clovis a fait de l’ancienne Lutèce gallo-romaine la capitale du royaume franc. À sa mort, en 511, ses héritiers se partagent le territoire. De violentes luttes fratricides s’ensuivent permettant l’individualisation de la Neustrie pour la région de la Seine. Le roi mérovingien aime résider aux alentours de Paris. Il vit entouré de sa cour, le « palais », composé de sa famille, de ses proches et de ses domestiques. Les preuves manquent mais nous préférons croire que les témoignages archéologiques funéraires de Bry-sur-Marne corroborent la littérature évoquant une présence aristocratique dans des localités aux résonances val-de-marnaises.

  • Chapitre premier : histoires de propriétaires

    Gravure
    Le château de Bicêtre en ruine (XVIIIe siècle)
    XIXe siècle
    Gravure. 7,3 x 19 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (6 FI A Bicêtre 1)

    En 581, Chilpéric I montre, dans sa villa de Nogent, ses somptueux trésors à Grégoire de Tours. En 616, Clotaire II réunit, dans sa demeure de Bonneuil, évêques et seigneurs de Bourgogne. Cette vie de cour perdure sous les Carolingiens. En 856, Charles-le-Chauve convoque une assemblée générale du royaume à Bonneuil.

    De l’an Mil à la Renaissance, seigneuries et paroisses se mettent en place ; parmi ses seigneuries des abbayes comme Saint-Maur et Saint-Germain-des-Pré possèdent de vastes domaines. C’est ainsi que vers 1400, le duc de Berry rachète le domaine de Bicêtre constitué au milieu du XIIIe siècle par les Chartreux et fait construire un splendide château. Dès le XIe siècle, la forêt de Vincennes, proche de Paris et fort giboyeuse, attire les Capétiens. Peu avant 1178, Louis VII crée un relais de chasse. En 1183, son fils, Philippe Auguste fait édifier un manoir et clore le bois de murs. En 1248 puis en 1270, lors de ses deux départs pour les croisades, Louis IX prend congé de sa famille au sein du château. Vincennes devient le siège du pouvoir du saint roi qui y rend justice sous un chêne.

  • Chapitre premier : histoires de propriétaires

    Poterie
    Poterie
    Époque mérovingienne
    Provenance : Bry-sur-Marne Terre cuite. Hauteur : 14 cm. Diamètre : 14 cm
    Musée Adrien Mentienne

    Durant les règnes de ses successeurs, des derniers Capétiens directs aux premiers Valois, le domaine reste très fréquenté tandis qu’en périphérie, des résidences aujourd’hui perdues, voient le jour. Les grands du royaume transposent le maillage palatial en milieu rural en fonction des axes de communication. En 1274, Saint-Mandé, sur le chemin qui conduit de Paris à Vincennes, reçoit une conciergerie qui sert de résidence au duc de Bourgogne en 1343, puis aux ducs de Normandie au milieu du XIVe siècle. Sous Philippe III, dans la même commune, les Anjou possèdent un hôtel. De 1314 à 1320, à Conflans, en bordure de Marne et le long de la route menant à Sens par le pont de Charenton, Mahaut d’Artois se fait aménager un hôtel très apprécié, après sa disparition, par les ducs de Bourgogne.

  • Chapitre premier : histoires de propriétaires

    Gravure
    Jacques Rigaud (vers 1681-1754). Vue du château royal de Saint-Maur prise du côté du jardin (XVIIIe siècle)
    XIXe siècle
    Gravure. 24 x 41cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (6 FI B Saint-Maur 7)

    Les souverains aussi, à la recherche de séjours plus champêtres, s’installent en bordure du bois. En 1375, Charles V acquiert le manoir de Plaisance sur l’actuelle commune de Nogent. Deux ans plus tôt, entre le mur est du parc de Vincennes et les rives de la Marne, le roi se lance dans la construction du manoir de Beauté dont il apprécie le calme et le riche aménagement intérieur. Il y habite fréquemment dès 1376. Il y reçoit son oncle, l’empereur Charles IV, en 1378 et y meurt en 1380. Le château retrouve vie sous Charles VII avec, à partir de 1444, Agnès Sorel comme dame de Beauté.

    Du XVIe au XVIIIe siècle, noblesse et couronne poursuivent l’histoire. En 1782, Louis-Sébastien Mercier écrit dans son Tableau de Paris, qu’« on bâtit de tous côtés côtés ». L’hôtel particulier à Paris trouve son complément dans une «maison aux champs champs ». Un château peut rester dès sa création dans la même famille, comme à Bercy avec les Malon ou à Arcueil avec Anne-Marie-Joseph de Lorraine, prince de Guise, mais aussi connaître des propriétaires aux qualités et titres variés. En 1541, Jean du Bellay, abbé de Saint-Maur, fait bâtir un « palais » dans la dite commune.

  • Chapitre premier : histoires de propriétaires

    Gravure
    Vue et perspective de l’aqueduc d’Arcueil (première moitié du XVIIIe siècle)
    XIXe siècle
    Gravure. 12,8 x 29 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (6 FI A Arcueil 2)

    En 1563, son successeur, Eustache du Bellay, vend le domaine à Catherine de Médicis. En 1598, Charlotte-Catherine de la Trémoille le rachète et le transmet à son fils, le prince de Condé. La demeure reste dans le patrimoine des Bourbon-Condé jusqu’à la Révolution. À Fresnes, le château de Berny appartient d’abord à la noblesse d’office avec Pierre Brulart de Sillery en 1607, puis au chancelier de Bellièvre qui le vend en 1659 à Hugues de Lionne, futur ministre d’État. Finalement, en 1675, les abbés de Saint-Germain en font leur résidence « secondaire ». Conflans connaît un sort semblable en changeant souvent de maîtres avant de devenir en 1673, grâce à l’achat de François de Harlay, la maison de campagne des archevêques de Paris. À Vitry, le château de 1710 détenu par François Paparel, trésorier de l’extraordinaire des guerres, passe en 1720 à Vincent Leblanc, grand audiencier de France.

  • Chapitre premier : histoires de propriétaires

    Gravure
    Visite de la duchesse du Maine au château de Bercy (XVIIIe siècle)
    XIXe siècle
    Gravure d’après une peinture conservée au château de Brissac. 19,2 x 33 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (6 FI A Charenton 19)

    En 1735, Jacques Robin de la Peschellerie le rachète puis Gaspard Philippe Petit du Petit Val en 1791. Au terme de ces nombreuses transactions, le comte Louis Nicolas Dubois, préfet de police de Napoléon, s’en rend acquéreur en 1796. À Choisy, achats et héritages se succèdent. En 1678, Mademoiselle de Montpensier, s’installe en bord de Seine. À sa mort, en 1693, le grand dauphin hérite du château. En 1695, il échange ce bien avec la marquise de Louvois contre une propriété à Meudon. En 1716, la princesse de Conti acquiert le domaine. En 1739, Louis XV, devient le maître des lieux. D’Argenson se plaît à dire que « sa majesté ne respire qu’avec des plans et des dessins sur sa table ». Il commande et apprécie les travaux entrepris par les plus grands artistes de son temps.

  • Chapitre second : histoires d’artistes

    Plan
    Jacques de la Guépière. Plan du premier étage du château de Bercy (1702-1714).
    Sans date [début XVIIIe siècle]
    Dessin à la plume et au lavis. 24 x 63,5 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (46 J 216 (02))

    En l’année 1448, le Journal d’un bourgeois de ParisParis évoque « Beauté, le plus bel chastel et joli, et le mieux assis qui fust en toute l’Isle de France». Trois siècles plus tard, la même admiration gagne Piganiol de la Force lorsqu’il s’agit de décrire Berny, « « maison (…) distinguée tant pour ses ornements que pour les beautés singulières de ses canaux et fontaines, et la rareté et l’excellence des fruits qui croissent dans ses jardins ». Du Moyen Âge à l’époque moderne, anonymes et artistes de renom offrent leur créativité à ces demeures prestigieuses qualifiées suivant la chronologie et le contexte de manoirs, de maisons de plaisance, de maisons à la campagne ou de châteaux.

    L’édification s’accomplit sous la direction d’architectes soucieux de répondre aux exigences des propriétaires selon les techniques et les goûts de la période. À Beauté, Charles V souhaite un manoir luxueux à la campagne. À Bicêtre, le duc de Berry veut montrer sa richesse.

  • Chapitre second : histoires d’artistes

    Manuscrit
    Le Sueur. Facture de travaux de peintures et de dessins exécutés pour le marquis de Bercy
    17 mai 1782
    Feuille manuscrite. 21 x 32 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (46 J 171)

    Il fait construire un château magnifique. À Conflans, la comtesse d’Artois, vit dans un magnifique manoir jusqu’à sa mort en 1329, offrant une table bien servie. À Saint-Maur, Jean du Bellay, lassé du logis abbatial, commande un nouveau palais à Philibert de l’Orme en 1541. Les travaux durent plus de vingt ans sans que l’édifice soit achevé. Le grand architecte en profite pour s’installer à Plaisance. De 1680 à 1684, Gourville, intendant du Grand Condé, achève les travaux en confiant les plans à Gittard. La double cour à péristyle proposée ne correspond plus au projet initial.
    L’architecture française évolue vers le classicisme et s’intègre dans une organisation administrative liée à la centralisation monarchique. Les grands noms des Beaux-Arts se retrouvent surintendant des bâtiments, premier architecte du roi ou encore contrôleur des bâtiments. Ils manient, au nom de la raison, les lignes droites ou les courbes géométriques simples

  • Chapitre second : histoires d’artistes

    Dessin
    Jacques-Ange Gabriel (1698-1782). Plan des nouveaux bains à construire pour le roi.
    7 janvier 1751
    Dessin à la plume et à l’aquarelle. 22,5 x 36,5 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (E dépôt Choisy-le-Roi 1 S 10)

    François Mansart fait figure de proue et débute sa carrière, vers 1620, avec la coûteuse construction du château de Berny. Il crée son style avec une colonnade circulaire sur la cour et de hautes toitures que l’on retrouve à Vitry. François Le Vau, frère du premier architecte du roi, travaille à Bercy dans les années 1660. De 1702 à 1714, Jacques de la Guépière, achève le projet. Il offre de nouveaux bâtiments pour les communs et un château en fer à cheval disposant d’une façade rythmée par trois avant-corps à frontons et pilastres décorés de statues et de bustes. En 1678, Jacques IV Gabriel, répond favorablement à Mademoiselle de Montpensier lorsqu’elle s’installe à Choisy. Le premier architecte du roi lui bâtit une demeure agréable avec vue sur la Seine. En 1716, la princesse de Conti fait ajouter une galerie se terminant par un pavillon de salle à manger.

  • Chapitre second : histoires d’artistes

    Dessin
    Jacques-Ange Gabriel (1698-1782). Petit cabinet du roi. Face A.
    Sans date [vers 1750]
    Dessin au crayon. 24 x 36 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (E Dépôt Choisy le Roi 1 S 10)

    De 1710 à 1773, Louis XV charge Jacques-Ange Gabriel, premier architecte du roi comme son père mais aussi intendant et contrôleur des bâtiments du roi, des divers agrandissements et constructions au sein du palais. Il gère un chantier gigantesque avec des centaines d’ouvriers. Un nouvel art de vivre apparaît donnant son sens au style Louis XV. Les aménagements intérieurs montrent un besoin de confort croissant.
    Les salles de bain prennent de l’importance. Des petits appartements surgissent. Boudoirs, petits salons et cabinets et se multiplient. Les boiseries, déjà mises à la mode sous Louis XIV, ornent les murs des pièces. Montesquieu rappelle que «« l’âme aime la symétrie, mais elle aime aussi le contraste contraste ». L’ornement, symbole du style rocaille, triomphe. Fleurs, coquilles et chinoiseries tapissent les meubles, recouvrent les bronzes et les porcelaines. La manufacture de Vincennes créée en 1740 et transférée à Sèvres à 1756 fournit le roi en vaisselle. Les bibliothèques s’enrichissent d’ouvrages variés. La place de la religion diminue au profit des sciences, des arts, des belles-lettres et des « curiosités ».

  • Chapitre second : histoires d’artistes

    Porcelaine
    Manufacture de Vincennes. Tasse à sorbet
    1740-1752
    Porcelaine tendre. Hauteur : 7 cm. Diamètre : 6 cm
    Ville de Vincennes.

    Pour la plupart de ces châteaux entre Seine et Marne, l’environnement agreste s’associe à l’eau. Avec Beauté, le jardin entre dans le château. Avec le classicisme architectural des XVIe-XVIIIe siècles, le jardin devient un art. André Le Nôtre, contrôleur général des bâtiments du roi depuis 1657, travaille sur notre territoire. Considéré comme le créateur du jardin à la française, il conçoit ses espaces suivant un plan géométrique régulier. À Conflans comme à Choisy et peut-être à Bercy, il joue sur les parterres et les miroirs d’eau tout en se pliant avec habileté aux dénivellations. Ses contemporains et ses successeurs font de même. Toujours à la recherche de la mesure et de la logique, ils proposent plusieurs versions d’un même bassin à Bercy.

  • Chapitre second : histoires d’artistes

    Parfois, ils allient une nature ordonnée à une atmosphère plus sauvage : les dessins de Jean-Baptiste Oudry témoignent à Arcueil de la présence de la Bièvre, d’un goût prononcé pour les escaliers, les treillages et les grands arbres dans un cadre charmant. Ils se soucient, tel Ange-Jacques Gabriel, du potager très en vogue auprès de la noblesse.

    De l’extérieur à l’intérieur, propriétaires et artistes font la renommée de ces châteaux. Ils marquent de leurs empreintes le territoire et la vie de l’actuel Val-de-marne jusqu’au jour où le conte fait place à l’histoire.

  • Chapitre troisième : passeurs d’histoire

    Ouvrage
    Chasse donnée aux espouvantables esprits du chasteau de Bicêtre près la ville de Paris
    1634
    Ouvrage. Chez Jean Brunet. In-12
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (AA 3673)

    « De nos jours l’histoire, c’est ce qui transforme les documents en monuments, et qui, là où on essayait de reconnaître en creux ce qu’ils avaient été, déploie une masse d’éléments qu’il s’agit d’isoler, de grouper, de rendre pertinents, de mettre en relations, de constituer en ensembles ».

    Michel Foucault, L’archéologie du savoir.

    Notre histoire se termine par la disparition de ces châteaux médiévaux et modernes. Plusieurs facteurs et étapes expliquent ces destructions.

  • Chapitre troisième : passeurs d’histoire

    Manuscrit
    Louis Leguay.
    Sans date
    Manuscrit sur l’histoire de Saint-Maur. Troisième époque. Histoire et description du château. Histoire des seigneurs (barons de 1563 à 1793)
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (2 J 4)

    En 1411, durant la guerre entre les Armagnacs et les Bourguignons, Bicêtre subit l’assaut et le saccage de près de 3000 parisiens, partisans du duc de Bourgogne. Le propriétaire fait don des ruines au chapitre de Notre-Dame. En 1632, Richelieu ordonne que ce qui reste du domaine soit rasé. Louis XIII rachète l’emplacement ; la couronne finit par élever à la place un hôpital au cours du XVIIe siècle. À Beauté, le déclin se fait progressivement. À partir du XVIe siècle, la famille royale délaisse le manoir ; seuls les jardins continuent d’être entretenus jusqu’au règne de Louis XIV tandis que le bâtiment tombe en ruine. En 1835, il ne subsiste que quelques pans de murailles. À Arcueil, la ruine s’avère au contraire rapide. Dès 1752, lors d’une adjudication, les créanciers du prince de Guise exigent que l’acquéreur détruise le château et anéantisse les jardins.

  • Chapitre troisième : passeurs d’histoire

    Feuille manuscrite
    André Desguine (1902-1981). Maquette d’un article sur la maison des gardes des Guise
    Sans date
    Feuille manuscrite et dactylographiée accompagnée de photographies. 16,6 x 25,6 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (35 J 476)

    Lors de la Révolution française, la vente des biens nationaux de première origine constitués du patrimoine de l’Église et des domaines privés du roi, associée à celle de deuxième origine récupérée sur les biens des émigrés et des condamnés à mort, marque un tournant pour un grand nombre de demeures. Berny et Conflans relèvent des biens ecclésiastiques, Choisy des domaines du roi et Saint-Maur des confiscations. Lazare Bonnardot, serrurier, acquiert le petit château de Choisy et une partie de ses dépendances. Marx Cerf-Beer obtient Saint-Maur. Tous deux dépècent les propriétés. De son côté, le comité de Salut Public récupère plomb et cuivres pour fabriquer des armes.
    À partir du XIXe siècle, le territoire de l’actuel Val-de-Marne s’industrialise et s’urbanise. Les domaines des châteaux représentent des enjeux importants. À Saint-Maur, une fois le bâtiment démoli, on lotit le terrain. À Arcueil, on procède de la même façon. À Berny, ne subsiste qu’une aile tandis qu’une industrie de meubles investit les lieux. À Choisy, à partir de 1805, une faïencerie s’installe à l’emplacement du petit château. Comme pour Beauté à Nogent-sur-Marne, les chemins de fer contribuent aussi à la destruction du domaine.

  • Chapitre troisième : passeurs d’histoire

    Photo
    Vestiges du petit château de Choisy.
    Sans date [1951]
    Photographies noir et blanc. 17 x 22,9 cm
    Archives communales de Choisy-le-Roi

    À Conflans, le château est pillé lors de la Révolution de 1830 puis transformé en orphelinat. Il retourne en partie à l’archevêché jusqu’à la Séparation de 1905. Devenu propriété communale, sauf sur une partie habitée par Georges Hartmann, il est finalement totalement détruit entre les années 1920 et 1940. À Bercy, le comte de Nicolaÿ, héritier du château, lotit progressivement le domaine. Commerces, grands entrepôts et chemin de fer transforment le paysage. À Vitry, le morcellement s’opère au début du XXe siècle. En 1903, les héritiers du comte de Fadate de Saint-Georges, gendre du dernier des Dubois, créent une société pour la vente du château et du parc. Ils font une offre à la mairie qui se lance dans un projet d’aménagement du château en hôtel de ville. En 1907, la commune soumet le projet à la population au cours d’un référendum. Les habitants rejètent l’acquisition. Les 50 hectares du domaine sont divisés en 1260 lots vendus au prix de quatre à sept francs le mètre carré et le château détruit. En 1930, le petit château connaît le même sort.

  • Chapitre troisième : passeurs d’histoire

    Plan
    A. Pille (géomètre-expert à Vitry-sur-Seine). Lotissement du château de Vitry-sur-Seine annexé à la délibération du Conseil municipal de Vitry-sur-Seine.
    15 juin 1905
    Plan couleur. 41 x 50 cm
    Archives communales de Vitry-sur-Seine.

    Ces châteaux n’existent plus matériellement, exception faite de quelques vestiges pour certains, mais vivent dans la mémoire collective par le biais de la littérature et des passeurs d’histoire. Ainsi, Bicêtre reste célèbre par la publication en 1634 de La chasse donnée aux espouvantables esprits du châsteau de Bicestre près la ville de ParisParis dans laquelle nous lisons que « les villageois de Gentilly, Arcueil, Villejuisve, et autres qui travaillent d’ordinaire au labour, et vigne qui sont autour dudit chasteau, sont tous accoustumez d’y entendre des cris, et hurlemens effroyables, dont ils ne se mettent point en peine, comme estant une chose qui leur est ordinaire ». En 1632, cette réputation offre le sujet d’un ballet donné au Louvre en présence de Louis XIII. Le passage à l’histoire ne se fait qu’au XVIIIe siècle dans diverses descriptions des environs de Paris et se poursuit de la fin du XIXe siècle à nos jours avec des érudits locaux ou des chercheurs confirmés dont les Archives départementales du Val-de-Marne conservent le travail.

  • Chapitre troisième : passeurs d’histoire

    Documents manuscrits
    Pierre-Georges Harmant. Enveloppe comprenant un fragment de papier daté de 1763 et deux fiches de notes se rapportant à ce fragment.
    1763 et 1985
    Documents manuscrits. 16,5 x 22 cm, 17,6 x 9,8 cm et 21 x 11,3 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (75 J 34)

    En 1980, Georges Poisson publie A la recherche des châteaux disparus, un bel ouvrage, riche en illustrations, dans la lignée du récit récit Autour de Paris d’André Hallays écrit en 1921. L’auteur se veut historien tout en ayant été le témoin direct de la destruction des vestiges du petit château de Louis XV redécouverts en 1952. Georges Hartmann vit la même situation lorsqu’il travaille sur le château de Conflans et dénonce dans la presse « la mutilation du château ». Ici, les passeurs se font militants. Ailleurs, ils publient anonymement des études à partir de gravures, s’intéressent à des bâtiments annexes aux châteaux, prennent des photographies des vestiges en les accompagnant de fiches ou dépouillent consciencieusement les archives.
    Nos «Contes de châteaux perdus » trouvent leur symbolique dans l’enveloppe blanche conservée dans le fonds d’archives de Pierre-Georges Harmant, membre de la société d’histoire et d’archéologie de Saint-Maurice. Le 19 novembre 1985, l’historien découvre par terre un minuscule fragment de papier « « dans le couloir qui va vers la photocopieuse (ou la salle des inventaires) aux Archives Nationales » mentionnant « 1763. Carrel, suisse de M. de Bercy ». Aussitôt, il cherche à comprendre et à restituer le sens de ce titre dans la vie du château.