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À nous les vacances !

  • Premier temps : Entre villégiatures et loisirs

    Affiche du tramway de Sainte Maur
    Tramway de Saint-Maur. De Charenton à la Varenne Saint-Hilaire.
    1894
    Affiche. 79,2 x 59 cm.
    Archives départementales du Val-de-Marne.
    (29 Fi 1082)

    « Au dix-septième siècle et au dix-huitième siècle, la campagne plaisait médiocrement. On la tolérait arrangée, pomponnée, mise comme un décor savant autour de châteaux princiers (…). Il a fallu la Révolution pour créer autour de Paris, ce nombre incalculable de villas bourgeoises, bâties sur les lots des grands parcs d’autrefois ». Émile Zola, Aux champs, III.

    Sur le modèle aristocratique de l’Ancien Régime associant hôtel particulier en ville et maison aux champs, la grande bourgeoisie du XIXe siècle se fait construire de belles villas aux environs de Paris pour profiter pleinement des vacances en famille. Sous le Second Empire, la pratique se répand aux catégories moyennes de la société. Lors de la saison estivale, Paris se vide.

  • Premier temps : Entre villégiatures et loisirs

    Affiche de la Loi assurant le repos hebdomadaire aux employés et ouvriers
    Obligatoire pour les enfants depuis 1841 et pour les femmes depuis 1892, le repos hebdomadaire s’applique à partir de 1906 à l’ensemble des travailleurs exceptions faites de la domesticité, de l’agriculture et de la pêche. Des régimes particuliers existent selon les catégories professionnelles : transports, hôtels, débits de boisson, commerces d’alimentation, tabacs, hôpitaux, hospices, asiles, monde [email]journalistique[/email] et du spectacle ont droit à un repos par roulement.
    Loi assurant le repos hebdomadaire aux employés et ouvriers
    10 juillet 1906
    Affiche. 40,5 x 28 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (E dépôt Ablon 7 F 1)

    L’Illustration du 19 août 1876 peut écrire : « Le grand monde à Paris a donné le signal du départ, les pauvres diables restent, les diables riches et aisés déploient leurs ailes et s’envolent (…). Allons-nous en ! se dit-on en chœur, et bientôt il reste à Paris seulement la multitude de ceux qui savent dompter la chaleur comme ils ont dompté le froid, de ceux qui sont voués au travail par leur destinée, par leur profession, par leur dévouement ou par leur goût ». Symbole de réussite et d’un goût renouvelé pour la nature, la villégiature transforme le paysage du sud-est parisien notamment en bordure de Marne. Les chroniques d’Émile Zola évoquent ces zones résidentielles et ces lotissements pour parisiens plus ou moins fortunés. À Arcueil, on rencontre le bonnetier Gobichon et son « ineffable bonheur d’échanger chaque dimanche l’ombre de sa boutique pour le soleil ardent de sa villa » tandis qu’à Saint-Mandé, les époux Robineau ont décidé de vendre leur résidence secondaire de petits bourgeois « las d’entendre jour et nuit le sifflet d’une locomotive ».

  • Premier temps : Entre villégiatures et loisirs

    Plan de P. Manguin (architecte). « Villa suburbaine. Première classe à Saint-Maur » publiée dans Architecture privée au XIXe siècle, volume 2, Paris.
    Au XIXe siècle, la bourgeoisie accorde une place importante à la maison de vacances. La demeure imposante se doit d’être agrémentée d’un jardin offrant une nature plus ou moins apprivoisée mais toujours délimité par des murs bordés d’arbres ou de haies.
    P. Manguin (architecte). « Villa suburbaine. Première classe à Saint-Maur » publiée dans Architecture privée au XIXe siècle, volume 2, Paris.
    1865
    Plan général. 39,5 x 27,5 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (34 Fi Saint-Maur 15 (1))

    Si les Robineau semblent peu apprécier les bruits des trains, il faut reconnaître que l’essor des transports participe largement à la venue des parisiens dans l’actuel Val-de-Marne. Les trois employés du Bonheur des Dames prennent le fiacre puis le train à Vincennes dans « une gaieté bouillonnante » pour gagner Joinville. Après la ligne Paris-Orléans inaugurée en 1839 et desservant Choisy-le-Roi puis Ablon et Villeneuve-le-Roi, Paris-Sceaux relie en 1846 Gentilly et Arcueil-Cachan à la capitale. En 1849, le réseau Paris-Lyon traverse Charenton, Maisons-Alfort, Alfortville et Villeneuve-saint-Georges (5). En 1859, la ligne dite de « Vincennes » part de la Bastille et s’arrête à Saint-Mandé, Vincennes, Nogent-sur-Marne, Joinville-le-Pont, Saint-Maur-des-Fossés et Champigny-sur-Marne avant de rejoindre La Varenne-Saint-Hilaire (8). Aux trains s’ajoutent les tramways d’abord à traction animale puis électrique. Plusieurs compagnies sillonnent le territoire comme celle des chemins de fer nogentais à partir de 1885 et celle des tramways de Saint-Maur inaugurée en 1892 (1). Enfin, des bateaux à vapeur se mettent en place permettant de relier Suresnes à Charenton dès 1867 puis de rejoindre Alfort à partir de 1915.

  • Premier temps : Entre villégiatures et loisirs

    Couverture du guide Émile de la Bédollière, Ildefonse Rousset. Le Tour de Marne décrit et photographié.
    Émile de la Bédollière, Ildefonse Rousset. Le Tour de Marne décrit et photographié.
    1865
    Ouvrage. Paris, librairie internationale, 15 boulevard Saint-Germain. In-4.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (BB 452)

    Nés au XVIIIe siècle, les guides touristiques des environs de Paris et les journaux consacrés aux excursions (5) se multiplient entre 1850 et 1914. Souvent subventionnés par les chemins de fer, ils orientent le voyageur selon les moyens de transports sur les sites historiques ou naturels dignes d’intérêt notant aussi hôtels et restaurants. Le sud-est parisien renforce son attractivité touristique. En 1888, un père peut écrire à sa fille : « un jour viendra, ma fille, où tu me remercieras de t’avoir donné d’aussi bonnes vacances dans le rayon de notre maison, en plein bois de Vincennes, autour du viaduc de Nogent-sur-Marne ».

  • Premier temps : Entre villégiatures et loisirs

    Affiche Louis Berge. Baignade à Saint-Maurice.
    Installée sur la rive droite de la Marne, face à l’île de Charentonneau, la baignade de Saint-Maurice fonctionne dès la fin du XIXe siècle. Elle propose diverses activités : baignade, canotage, pêche et guinguette. En 1922, la municipalité acquiert une partie du terrain pour installer une école de natation. En 1939, la commune devient seule propriétaire des lieux. La baignade reste municipale jusqu’à sa fermeture définitive par arrêté préfectoral en 1970.
    Affiche Louis Berge. Baignade à Saint-Maurice.
    [Début XXe siècle]
    Affiche. 53 x 74 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (29 Fi 239)

    La route, le rail et l’eau contribuent à annuler les distances et le temps tout en proposant des tarifs raisonnables. Employés et ouvriers commencent à découvrir les joies de l’eau et de la campagne d’autant qu’à partir du milieu du XIXe siècle, l’idée d’un nouveau partage du temps prenant en compte la fatigue et le droit au repos des travailleurs se précise. Le décret du 2 mars 1848 qui limite à dix heures la durée de travail quotidien marque une étape importante mais se voit vite abrogé. En 1870, on travaille entre 12 et 14 heures, vers 1900, entre 10 et 12 heures jusqu’à ce que la loi du 12 juillet 1912 instaure des journées de dix heures. Depuis 1814, les Français jouissent du repos dominical mais la loi reste mal appliquée et finalement abolie en 1880. De 1890 à 1900, des propositions de rétablissement se succèdent sans aboutir. Face à une agitation grandissante et devant un nombre élevé de boutiques fermant le dimanche, les députés adoptent le 10 juillet 1906 un projet de loi établissant le repos hebdomadaire.

  • Premier temps : Entre villégiatures et loisirs

    Photo d'un Pêcheur au bord du canal Saint-Maurice
    Pêcheur au bord du canal Saint-Maurice
    [Années 1930]
    Photographie. 9,8 x 13,5 cm
    Musée de Maisons-Alfort. Association Maisons-Alfort Mille ans d’histoire

    L’actuel Val-de-Marne confirme sa place de destination privilégiée prise sur ce jour de congé. Lors de parties de campagne, chacun profite des joies du canotage, des fêtes nautiques, des baignades en rivière, de la pêche et des guinguettes. Se mêlent convivialité familiale, évasion, distraction et plaisir de la nature. Au début du XXe siècle, les milieux populaires vivent les prémices de la société des loisirs déjà ouverte aux catégories plus favorisées puisqu’en 1877, lorsqu’Émile Zola écrit Les Parisiens en villégiature, « le moindre fonctionnaire, le plus petit rentier jouit du plaisir de passer quelques semaines au bord de la mer ou quelque part aux eaux ».
    Le temps pour soi, longtemps privilège aristocratique et bourgeois, se démocratise de façon comptée. Les ouvriers ne peuvent encore se rendre sur la Canebière mais ils s’y croiraient presque.

  • Second temps : Vacances pour tous

    Ouvrage manuscrit
    Jules Sigaut. Notes de voyage. Engadine et lacs italiens.
    Juillet 1891
    Ouvrage manuscrit. In-folio

    « Le surmenage, le tournis, le tracassin, tout ce qui accable quotidiennement les acteurs de la civilisation industrielle, soumis à des contraintes d’horaires, de rendement, de discipline en tout genre, doit trouver sa compensation dans une rupture aussi nette qu’obligatoire au terme d’une année d’ouvrage ».
    Michel Winock, « Le devoir des vacances », Chroniques des années 60.


    À partir du XIXe siècle, obtenir une « permission d’absence », un « congé » ou « prendre des vacances » commence à devenir possible. La pratique touche d’abord l’armée. Sous Napoléon, les officiers prennent un congé semestriel tout en percevant le tiers de leur solde. Depuis le Second Empire, ils partent entre quatre et trente jours sans diminution de revenu. Les hommes de troupe ont, de leurs côtés, jusqu’à trente jours de permission. Le corps enseignant bénéficie également de vacances durant la fermeture des établissements scolaires. À partir de 1853, les agents civils de l’État se voient octroyer quinze jours de repos sans retenue de salaire. Au début du XXe siècle, les travailleurs des services publics concédés comme les chemins de fer et le métropolitain de Paris bénéficient de dix jours de congés par an. Le personnel des banques, des compagnies d’assurance et des grands magasins peut aussi prétendre à des vacances mais souvent sous conditions.

  • Second temps : Vacances pour tous

    Photo Réunion politique du Front populaire. 1936.
    Réunion politique du Front populaire. 1936.
    1936
    Photographie. 19 x 13,5 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (E dépôt Villejuif 1 S 47)

    À Paris, les employés des grands magasins ont l’autorisation de prendre sept jours non payés tous les sept ans. À cette palette sociale s’ajoutent les hommes d’affaires, les industriels et les commerçants qui ressentent le besoin de prendre des vacances.

    Les destinations de ces premiers vacanciers sont plus ou moins lointaines. Militaires, agents de l’État et employés, retournent généralement dans leur famille. Hommes d’affaires, industriels, commerçants et enseignants associent voyage et villégiature. Inspirés par les carnets de voyages de Stendhal, Gautier, Nerval ou Loti et guidés par une littérature de voyage en plein essor, ces touristes vivent une expérience intense. Au delà des considérations hygiénistes sur les vertus des bains, les élites sociales renouent avec la nature et revisitent le passé. En 1891, Jules Sigaut, industriel de Gentilly, parcourt l’Italie, la Suisse et la Rhénanie. Il ne manque pas de raconter son voyage et de prendre des photographies.

  • Second temps : Vacances pour tous

    Photo défillé
    La biscuiterie L’idéale au défilé de la Bastille
    14 juillet 1936
    Photographie. 7,5 x 12,5 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (15 Fi PF 7851)

    À partir des années 1920, la bourgeoisie, profitant de l’essor de l’automobile et des aménagements routiers soutenus par le Touring Club de France, intensifie ses déplacements touristiques. Il n’en reste pas moins que les vacances ne concernent qu’une partie de la population française. En 1929, seules 50 000 familles ouvrières ont droit aux congés. En 1931, la proposition du ministre du travail Durafour visant à rendre obligatoire une semaine de congés payés ne rencontre pas l’aval du Sénat. Les congés payés institués par le Front populaire en juin 1936 prennent donc valeur de symbole.

    À la suite de la victoire de la gauche unie au second tour des élections législatives du 3 mai 1936, un grand mouvement de grèves gagne la France. Début juin, on compte 2,4 millions de grévistes. Formé le 4 juin, le gouvernement de Léon Blum doit arbitrer le conflit. Le 7 juin, il réunit à Matignon les employeurs et la Confédération Générale du Travail. Les négociations aboutissent à des accords importants dont les contrats collectifs, les quarante heures hebdomadaires et les congés payés. Ces derniers sont adoptés par la Chambre par 563 voix contre 1 le 11 juin puis ratifiés par le Sénat par 295 voix contre 2 le 17 juin avant une promulgation officielle le 20 juin.

  • Second temps : Vacances pour tous

    Photo de la Famille Drouard en tandem au Plessis-Trévise
    Famille Drouard en tandem au Plessis-Trévise
    1938
    Photographie. 9,4 x 14,8 cm
    Société historique du Plessis-Trévise

    Les décrets d’application signés le 1er août accordent aux salariés, durant la période ordinaire des vacances scolaires, pour un an de service continus, douze jours ouvrables auxquels s’ajoutent trois dimanches fériés. Cette mesure non inscrite au programme du Front populaire répond aux revendications des syndicats, des ouvriers en grève et aux préoccupations des partis de gauche.
    Considérées comme une conquête sociale, les « vacances pour tous » correspondent à un désir de changer de vie, à une libération du corps et de l’esprit. Sac sur le dos, en vélo ou en tandem, employés et ouvriers partent camper à la campagne ou au bord de la mer. Munis du billet congé payé des chemins de fer offrant une réduction de 40%, ils prennent aussi le train. Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État aux sports et aux loisirs, à l’origine du projet, déclare : « nous voulons que l’ouvrier, le paysan, le chômeur trouvent dans le loisir la joie de vivre et le sens de leur dignité ».

  • Second temps : Vacances pour tous

    Photo de La plage de Maisons-Alfort.
    La plage de Maisons-Alfort.
    Août 1933
    Photographie extraite de La Rampe, numéro 588 Musée de Maisons-Alfort. Association Maisons-Alfort Mille ans d’histoire

    L’idée d’un tourisme populaire émerge. Il s’agit de guider et d’assister les salariés dans le choix de leurs vacances. Pourtant, en août 1936, on ne comptabilise que 560 000 billets vendus. Le chiffre dépasse à peine celui des ventes de 1935. En 1937, on atteint les 1,8 million et 1,5 million l’année suivante. S’approprier un temps pour soi sur plusieurs jours en dehors du travail demande un effort intellectuel et personnel considérable. Un ouvrier métallurgiste déclare : « Des loisirs ? Moi ? Je n’y avais jamais pensé ».
    Aussi, les salariés restent-ils généralement chez eux et l’actuel Val-de-Marne confirme son rôle de zone vacancière pour les classes populaires de la région parisienne.

    Les départs en masse ont lieu dans les années cinquante. La France entre dans la période des Trente Glorieuses associant essor économique et mesures favorables aux loisirs. Le 27 mars 1956, le gouvernement accorde la troisième semaine de congés payés. Le 16 mai 1969, le Parlement adopte la quatrième semaine de congés payés sept ans après la mise en place du système pour le personnel de la régie Renault.

  • Second temps : Vacances pour tous

    Photo d'un Maillot de bain une pièce femme en gros coton à rayures bleues et rouges sur fond blanc
    Maillot de bain une pièce femme en gros coton à rayures bleues et rouges sur fond blanc
    [Années 1930]
    Société historique du Plessis-Trévise

    Les transhumances estivales entrent dans les mœurs. Tout en continuant de canoter sur la Marne, les Val-de-Marnais prennent la route des vacances dans des automobiles désormais accessibles qui leur permettent de renouveler leurs lieux de villégiature. Ils campent -laissant le camping de Champigny à d’autres touristes -ou choisissent le caravaning. Ils privilégient les séjours à la mer mais se plaisent aussi à découvrir la nature et à visiter les monuments historiques. Les plus favorisés partent à l’étranger ; l’ouverture au trafic commercial et l’essor de l’aéroport d’Orly à partir de 1947 en témoigne. Les autres peuvent compter sur leur comité d’entreprise ou sur les villages de vacances progressivement mis en place par le Conseil général.
    Souvenirs d’un temps qu’on cherche à fixer et à partager, les vacances se photographient, se filment ou méritent l’envoi d’une carte postale. Devenues bien de consommation, elles font désormais partie du patrimoine culturel français toute catégorie d’âge confondue.

  • Entre-temps : encadrement des loisirs de la jeunesse

    Photo d'un Cour de natation
    Baignade des « 7 arbres ». Cour de natation pour le patronage laïque de Maisons-Alfort
    1935
    Photographie. 12,5 x 17,5 cm
    Musée de Maisons-Alfort. Association Maisons-Alfort Mille ans d’histoire

    « Une colonie de vacances. Quinze garçons ou petites filles, parfois vingt, parfois trente, parfois hélas plus, sont confiés à vos soins. Et vous voilà responsables de leur vie, de leur santé, de leur joie pendant un temps plus ou moins long ».
    Pierre Sainderichin, « L’organisation d’une colonie en petits groupes », Bulletin de la fédération nationale des œuvres laïques de vacances.
    Après les lois Ferry, la IIIe République met en œuvre un véritable calendrier scolaire intégrant les congés dans le rythme de l’année scolaire. Petites et grandes vacances offrent une coupure vécue différemment selon le milieu social. Les familles nobles et bourgeoises de la fin du XIXe siècle bénéficient d’une culture des vacances que n’ont pas les paysans, les employés, les artisans, les commerçants et les ouvriers. Parents et autorités municipales ont conscience des « dangers de la rue ».

  • Entre-temps : encadrement des loisirs de la jeunesse

    Plan de G. Navette (architecte). Colonie de vacances de Villeneuve-Saint-Georges à Quend-Plage
    C’est en 1927 que la commune de Villeneuve-saint-Georges décide d’acquérir une villa et un terrain à proximité de Berck dans la Somme « pour y envoyer pendant la période des vacances les enfants malingres, pour qui un séjour au bord de la mer est ordonné par les médecins de l’Inspection médicale » (extrait des délibérations du conseil municipal du 29 juin 1927).
    G. Navette (architecte). Colonie de vacances de Villeneuve-Saint-Georges à Quend-Plage
    6 juillet 1932
    Plans. 39,5 x 54 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (E dépôt Villeneuve-Saint-Georges 3 M 3)

    Suivant l’exemple de Wilhelm Bion, pasteur de Zurich, qui envoie en 1876 soixante huit enfants à la montagne estimant que « quelques semaines de vacances leur conserveront la robustesse de constitution qui leur permettra de résister à la maladie et qu’elles exerceront la plus bienfaisante influence au point de vue de l’éducation »», l’actuel Val-de-Marne s’engage dans la voie de l’encadrement hors temps scolaire.
    Les propositions émanent de missions de bienfaisance comme l’Œuvre de la Chaussée du Maine fondée en 1882 par l’aristocrate protestante, Madame de Pressensé. Elles viennent de la charité laïque comme l’Œuvre mutuelle des colonies de vacances. Progressivement les municipalités s’investissent directement. Les caisses des écoles, rendues obligatoires par la loi du 23 mars 1882, subventionnent des garderies. Saint-Mandé ouvre la voie. D’autres communes suivent : Arcueil, Bry-sur-Marne, Charenton-le-Pont, Choisy-le-Roi, Saint-Maur-des-Fossés, Saint-Maurice, Villejuif, Vincennes, Vitry-sur-Seine. À partir de 1893, le Conseil général de la Seine met à son budget un crédit pour l’organisation de colonies scolaires. Fortes de ce soutien, en 1898, Saint-Mandé et Bry-sur-Marne ouvrent leurs premières colonies. Le mouvement s’amplifie après la Première Guerre mondiale.

  • Entre-temps : encadrement des loisirs de la jeunesse

    Photos d'articles de presse
    La caisse des écoles se félicite de l’ouverture de la colonie collective « Les Roches Enchantées ». Elle déplore néanmoins que cela ne se soit pas passé « tout à fait dans les conditions souhaitées, puisque le contingent a dû être limité à 50 garçons. Mais ce début fut vraiment une réussite »». Elle poursuit en évoquant les deux cents autres colons reçus comme les années précédentes dans les familles périgourdines de la région d’Excideuil. Elle rappelle que « depuis quatre ans, une sélection s’est faite dans ces placements familiaux et que nos petits gentilléens se retrouvent comme en famille et sont vraiment choyés par leurs parents nourriciers ». Enfin, elle attire attire « l’attention des parents sur le fait qu’aucun enfant ne doit être privé de vacances en raison d’ennui matériels momentanés des familles. Des arrangements sont toujours possibles et il est toujours fait preuve de la plus grande compréhension ».
    « Les Roches enchantées sont nées ». « Un bilan positif ». Articles publiés dans Notre souci l’enfance, bulletin de la Caisse des Écoles de Gentilly
    Février 1949
    Périodique. N° 3. In-4.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (1 J 1003)

    Les années 1930 marquent un tournant. Face aux données démographiques et économiques, les municipalités s’engagent dans une politique en faveur de l’enfance. Les placements familiaux à la campagne cèdent progressivement la place à des investissements plus lourds. Les villes acquièrent terrains et maisons pour y installer des colonies. Elles n’hésitent pas à compléter leur budget par des kermesses. Elles bénéficient d’un plus grand soutien de l’État surtout depuis le Front populaire qui souhaite généraliser la pratique des colonies de vacances et offrir des lieux de loisirs accueillants en plein cœur des cités. Une véritable politique du temps libre de la jeunesse menée par Léo Lagrange s’instaure. Les premiers mouvements d’éducation populaire émergent. En 1938, la Fédération nationale des Œuvres laïques de Vacances d’Enfants et d’Adolescents -future Jeunesse au Plein Air- dépose ses statuts afin de « coordonner et faciliter l’action des œuvres laïques de vacances », « développer et perfectionner la technique et le fonctionnement des œuvres de vacances ».

  • Entre-temps : encadrement des loisirs de la jeunesse

    Affiche d'une annonce
    Désiré Louis Léon Ternois (maire de 1929 à 1944). Annonce de « Colonie scolaire et école de plein air ».
    Sans date [années 1930]
    Affiche. 59 x 38 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (E dépôt Saint-Maurice 1 R 16)

    La vente des cartes postales du Petit Poulbot puis, à partir de 1949, des timbres d’Henri Monier et d’Hervé Morvan pour favoriser le séjour d’enfants en colonie entre dans les habitudes des écoliers. En 1938, Les Centres d’entraînement aux méthodes actives voient le jour. Moniteurs et directeurs doivent recevoir une formation spécifique. Parallèlement, le scoutisme introduit en France dans les années 1920 s’étend. Il met en avant l’éducation de la jeunesse par un retour à la nature tout en mêlant aventure et responsabilité. Patronages catholiques et laïques des jeudis et des dimanches prennent de l’essor. Ils proposent des camps sur le modèle scout comme le patronage Saint-Jean de Vincennes ou de véritables colonies. À Gentilly, le patronage « L’Avenir de Gentilly » possède une colonie dans le Jura. À Ivry-sur-Seine, le patronage « L’Étoile d’Ivry » s’installe dans les Alpes, en Normandie et en Bretagne.

  • Entre-temps : encadrement des loisirs de la jeunesse

    Couverture de périodique
    Bâtisseurs d’avenirs
    Juillet 1950
    Périodique. N° 31. In-4.
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (515 J 39)

    L’intérêt pour la jeunesse et l’encadrement de ses loisirs ne faiblit pas durant la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement de Vichy favorise les centres de vacances. Cependant, dans un contexte d’occupation, les communes val-de-marnaises rencontrent des difficultés à maintenir des colonies et se contentent souvent de garderies.
    À la Libération, les mouvements d’éducation populaire prennent de l’ampleur. Les CEMEA et la JPA multiplient stages, formations et publications. Dans cet esprit d’activités éducatives, des groupes de Vaillants issus de « L’Union des Vaillants et Vaillantes » créée par le Parti communiste français se forment dans le département. La professionnalisation des encadrants de la jeunesse se confirme. Depuis 1937, des diplômes d’État de moniteur et de directeur existent. À partir des années 1950, textes législatifs et réglementations variées se multiplient. Fonctionnement et activités procèdent d’une véritable organisation.

  • Entre-temps : encadrement des loisirs de la jeunesse

    Affiche
    Yves Becquet. Devenez moniteur de vacances d’enfants, d’adolescents, de loisirs.
    1968
    Affiche. 50 x 34 cm
    Archives départementales du Val-de-Marne
    (29 Fi 814)

    On met en avant l’idée du grand air associé à une bonne hygiène et à une alimentation saine en reprenant un concept de la fin du XIXe siècle estimant que l’on doit prendre en charge la santé des plus démunis. Les enfants découvrent les joies de la campagne et de la mer. Chez les scouts, le camp d’été en plein air est un moment important. Tentes, levée des couleurs, feu, chants, insignes, langage propre, uniformes, brevets relèvent des rites et de l’initiation. Pour les enfants du patronage, outre des activités manuelles, des sorties touristiques, des séances cinématographiques, des jeux de plein air sont organisés. Pour les jeunes de la colonie, l’emploi du temps est lui aussi bien réglé du départ à l’arrivée.
    Les vacances organisées pour la jeunesse contribuent à considérer le temps du loisir comme un renouvellement des représentations, une ouverture aux autres, un sens du voyage. Comme pour les adultes, les congés riment avec souvenirs à emporter ou à faire partager.